Démocratisation du travail, Santé au travail et Compétitivité des Entreprises : interview de François Daniellou pour Bastamag

Que signifie vraiment être compétitif pour une Entreprise ? Est-ce réduire les coûts à tout prix, quitte à détruire les compétences des salariés et à étouffer toute créativité ? Pour François Daniellou, Professeur d’ergonomie à l’École nationale supérieure de cognitique, la compétitivité des Entreprises françaises passe au contraire par une démocratisation du travail et un renforcement du pouvoir des salariés, les mieux à même de définir « ce qui fait la performance de leur activité ». Une démocratisation dont le patronat ne veut pas.

C’est en ces termes politiquement très incorrects que débute l’interview que François Daniellou a donnée à Ivan Du Roy, publiée le 24 janvier sur le site de la revue en ligne Basta!. Oser affirmer que la compétitivité des entreprises passe par le renforcement du pouvoir des salariés, c’est être en totale contradiction avec le discours qu’on nous sert depuis longtemps. La réponse donnée par François Daniellou à la question « Comment renverser le discours dominant qui présente le travail essentiellement comme un coût, comme une charge pour les entreprises ? » résume parfaitement la situation actuelle en pointant l’écart considérable entre travail prescrit et travail réel, pour reprendre des termes aujourd’hui communs, avec toutes les conséquences que l’on connaît, en termes de dégradation de la Santé, physique et mentale, d’un nombre croissant de salariés :

« Si on paie un ouvrier, cela veut bien dire que l’on a besoin de son intelligence, sinon le poste serait automatisé. Si c’est juste faire ce qui est prévu, il n’y a pas besoin d’un travailleur. Ce qui fait la compétitivité des entreprises, c’est la compétence des salariés. Dans toute situation de travail, des choses ont été prévues par l’organisation et le management, d’autres non. Si les travailleurs faisaient seulement ce qu’on leur demande, rien ne sortirait des ateliers ou des bureaux. Cela s’appelle la grève du zèle. Pour pallier l’imprévu, les travailleurs déploient leur intelligence. Or, dans la majorité des entreprises françaises, les travailleurs sont obligés de se battre contre l’organisation pour compenser ce qui n’a pas été prévu. Ils le font dans l’ombre, sans que cela soit reconnu, débattu ou rémunéré. Quand ils sont obligés de prendre énormément sur eux pour bien faire leur travail, quand l’écart entre ce que le management leur dit de faire et ce qu’ils doivent réellement accomplir pour que cela fonctionne est trop important, cela engendre des problèmes de santé. En France, on utilise l’intelligence des salariés à compenser les carences de l’organisation plutôt qu’à la faire progresser. Et c’est pareil dans l’ingénierie. Les bureaux d’études deviennent de plus en plus tayloriens, avec de moins en moins de place pour l’intelligence globale, de créativité. »

Alors ? A quand une réelle mise à plat des relations entre « démocratisation du travail », Santé au travail et compétitivité des Entreprises ?

Une interview dont la lecture est indispensable pour mieux comprendre une des composantes de la crise actuelle du travail dans notre pays.

Gabriel Paillereau

Copyright epHYGIE janvier 2013

Pour accéder à l’interview de François Daniellou, à partir du site de Basta!, cliquer sur le lien suivant :

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