La Santé au travail, grande absente de la négociation sur la Qualité de Vie au Travail ?

Les négociations sur la Qualité de Vie au Travail (QVT) ont repris en fin de semaine dernière. Timidement, si l’on se fie aux commentaires publiés dans la Presse. Et avec la perspective d’une conclusion au mois de juin… Seule entorse à ce calendrier dilatoire, la préparation d’une déclaration commune sur la réforme du congé parental pour la prochaine séance de négociation, qui aura lieu le 6 mars.

On est très loin des objectifs ambitieux annoncés lors de la Grande Conférence Sociale du mois de juillet 2012. Loin en termes de calendrier, loin apparemment aussi en termes de contenu. On se rappelle en effet que « l’égalité professionnelle entre hommes et femmes et la qualité de vie au travail » représentaient un des sept thèmes mis en discussion :

  • l’emploi, et tout particulièrement la priorité de l’emploi des jeunes ;
  • la formation professionnelle, initiale et tout au long de la vie ;
  • la rémunération et le pouvoir d’achat ;
  • le redressement de l’appareil productif national ;
  • l’égalité professionnelle entre hommes et femmes et la qualité de vie au travail ;
  • l’avenir des retraites et le financement de la protection sociale ;
  • l’Etat, les puissances publiques, les collectivités et le service public.

Nous nous étions étonnés à l’époque que ni la Médecine du travail, ni la Santé au travail n’y apparût en clair, ce qui avait justifié nos interrogations dans un article intitulé « Le grand méchant (f)lou » (voir lien ci-dessous).

La réflexion conduite depuis par les Partenaires sociaux, lors de leurs premiers échanges, n’a absolument pas corrigé le tir, comme si, à travers la réforme de la Santé au travail issue de la loi du 20 juillet 2011 et les décrets d’application du 30 janvier 2012, tout avait déjà été dit et se trouvait donc définitivement acté…

De fait, quand on prend connaissance des positions des uns et des autres, on découvre, d’une part, que l’égalité professionnelle entre hommes et femmes semble avoir pris le pas sur la qualité de vie au travail, pour la plus grande satisfaction de Madame Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des droits des femmes, en charge du thème, d’autre part, que les questions appelées à être traitées dans le cadre du volet « qualité de vie au travail » sont de facto en voie de rétrécissement, si l’on se fie aux déclarations des partenaires sociaux, aussi bien du côté syndical que du côté patronal.

Selon les premiers éléments dont nous disposons, on peut aller jusqu’à affirmer que la Santé au travail a pratiquement disparu des écrans radar…

Ce (triste) constat ne fait que renforcer l’idée que la « Grande » négociation annoncée risque fort de faire pschitt et que l’on se retrouve finalement, après l’accord sensible et controversé sur la sécurisation de l’emploi, avec un deuxième accord type « Canada dry », très éloigné des ambitions initiales et même des prises de position récentes de Jean-Marc Ayrault, qui, après l’accord « historique » de janvier, s’était risqué, en conclusion de son Communiqué du 12 janvier, à considérer cet Accord comme « l’aboutissement d’une négociation, mais aussi le début d’un processus. Ce succès invite à poursuivre les chantiers prévus en matière de dialogue social par la conférence sociale comme la négociation sur la qualité de vie au travail et l’égalité professionnelle, à laquelle le Premier ministre est profondément attaché. »

Seul l’avenir nous le dira mais les choses ne semblent pas particulièrement bien engagées, même si « les retrouvailles ont été paisibles » selon l’article publié dans Les Echos…

Gabriel Paillereau

Copyright epHYGIE février 2013

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On pourra accéder aux articles mis en ligne sur les sites de Les Echos et de L’Express à partir des liens suivants :

On complétera utilement la lecture de cet article avec la (re)découverte de tous ceux qui ont été publiés sur note site depuis le mois de juillet dernier :

A noter enfin un Billet d’Elsa Fayner, Le Bien-être au travail, publié sur le site d’Expectra, dans lequel on peut lire :

« Muriel Pénicaud, qui avait co-écrit le rapport demandé par le Premier ministre François Fillon, a co-animé la table-ronde de la Grande conférence sociale organisée par François Hollande en juillet 2012.

La table-ronde était d’ailleurs étrangement intitulée Atteindre l’égalité professionnelle et améliorer la qualité de vie au travail. Curieuse association d’idées.

L’amélioration des conditions de travail se réduit-elle à une plus grande égalité professionnelle? Pourquoi ne pas avoir réservé une table-ronde entière aux conditions de travail, pour vraiment aborder tous les pans du sujet ?

S’agit-il d’une réelle méconnaissance du sujet de la part des organisateurs de la grande conférence sociale? Ou d’une absence de volonté d’aborder les questions qui peuvent fâcher ? »

Un point de vue qui rejoint largement celui que j’avais exprimé alors.

Pour accéder au Billet d’Elsa Fayner, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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